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Au Japon, le rôle salutaire de la presse à scandale

by News7
Au Japon, le rôle salutaire de la presse à scandale



LETTRE DE TOKYO Un kiosque à journaux près de la gare de Shibuya, à Tokyo, le 15 octobre 2021. YOKO MIWA / YOKO MIWA / THE YOMIURI SHIMBUN Chaque semaine ou presque, les scoops de la presse hebdomadaire à scandale japonaise font des victimes. La dernière en date s’appelle Karolina Shiino : cette jeune femme d’origine ukrainienne a dû renoncer le 31 janvier à son titre de Miss Japon après la révélation par Shukan bunshun de sa relation avec un homme marié. Lire aussi | Article réservé à nos abonnés Une Miss Japon d’origine ukrainienne ravive les débats sur l’identité nippone Ajouter à vos sélections Parfois, ces scoops peuvent avoir des conséquences plus dramatiques. En mai 2023, après un article de Josei Seven (un hebdomadaire destiné à un lectorat féminin) dénonçant des faits de harcèlement sexuel de sa part, Ennosuke Ichikawa, un célèbre acteur de kabuki – le théâtre traditionnel japonais –, descendant d’une grande lignée de comédiens, a entraîné ses parents dans un projet de suicide collectif auquel lui seul a survécu, ayant ingéré une dose insuffisante de barbituriques. Depuis le scandale des abus sexuels commis par Johnny Kitagawa (1931-2019), fondateur de la puissante agence de boys bands Johnny & Associates, institution de la J-pop, les révélations sur ces pratiques dans le monde du spectacle se sont multipliées. Il a fallu beaucoup de temps… Dès 2001, Shukan Bunshun avait publié un article sur le comportement douteux de Kitagawa – ce qui lui valut un procès en diffamation –, mais aucun autre média n’avait alors suivi. Ce n’est qu’à la suite d’un reportage de la BBC, en mars 2023, soit quatre ans après la mort du triste personnage, que le scandale éclata. Lire aussi | Au Japon, la présidente de l’agence de boys bands Johnny’s reconnaît les agressions sexuelles de son prédécesseur et annonce sa démission Ajouter à vos sélections Photos coquines Les hommes politiques, parfois des ministres, constituent une autre cible de choix pour les hebdomadaires à scandale. Cloués au pilori pour diverses malversations, ils sont souvent contraints à la démission. Si l’affaire prend de l’ampleur, les grands quotidiens nationaux aux tirages faramineux – des millions d’exemplaires – finissent par sortir de leur attentisme. Au regard de leurs homologues occidentaux, ces derniers semblent timorés. Une retenue qui se veut un gage de sérieux. Descriptifs, factuels, les quotidiens japonais, s’ils disposent d’une ligne éditoriale, sont très pondérés dans leur approche. « Ce qu’attendent leurs lecteurs, c’est une information fiable », estime le sociologue César Castellvi, auteur d’une riche enquête (Le Dernier Empire de la presse, une sociologie du journalisme du Japon, CNRS éditions, 2021) sur le Yomiuri shimbun, premier quotidien du pays par le tirage (8 millions d’exemplaires). Nombre de lecteurs, frustrés par cette réserve, se tournent vers les hebdomadaires qui, eux, pratiquent un journalisme d’investigation. « On pourrait presque parler d’une division implicite de la production de l’information politique entre médias institutionnels et presse magazine », explique César Castellvi au Monde. « L’affaiblissement des quotidiens plutôt libéraux, Asahi ou Mainichi, ne leur permet plus de jouer leur rôle de contre-pouvoir, renforçant la position des hebdos », poursuit-il. Il vous reste 50.85% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.



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