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Au Pakistan, des centaines de milliers d’Afghans dans la crainte d’une expulsion

by News7
Au Pakistan, des centaines de milliers d’Afghans dans la crainte d’une expulsion



Le petit bus jaune au toit chargé de paquets et de larges sacs de voyage démarre, encouragé par quelques applaudissements sporadiques. À bord, une vingtaine d’hommes, de femmes et d’enfants aux visages crispés. Ces passagers quittent le quartier de Sohrab Goth, à Karachi, en direction du poste-frontière de Wesh-Chaman. C’est à contrecœur qu’ils rentrent dans leur pays d’origine, l’Afghanistan, dont ils n’ont souvent que très peu de souvenirs.Quelques mètres plus loin, Amanullah, les bras encombrés de sa très jeune fille, observe le véhicule partir dans un nuage de poussière, le regard dans le vide. Dans quelques jours, il retrouvera lui aussi cette terre qu’il a abandonnée il y a cinq ans. « Ma femme est en état de choc à l’idée de retourner en Afghanistan, elle en a perdu la parole. Quant à moi… je ne sais pas, soupire-t-il. Je n’ai aucune idée d’où nous irons, rien n’est prévu pour nous là-bas. »Terrifiés à l’idée d’être arrêtésDébut octobre, le gouvernement pakistanais a annoncé que 1,7 million de sans-papiers ressortissants afghans (sur un total estimé à 3,7 millions de personnes) devaient quitter le pays avant la date du 1er novembre, sous peine d’être expulsés. Sanaa Alimia, professeure associée à l’université Aga Khan, qui a consacré un ouvrage aux Afghans réfugiés au Pakistan, note : « Les Afghans sont un bouc émissaire facile face au problème croissant du terrorisme et de l’insécurité au Pakistan. Mais ce qui est fondamentalement nouveau, cette fois-ci, c’est l’annonce d’un chiffre aussi élevé de personnes expulsables. »À Karachi, la population afghane redoute une stricte application du plan des autorités. Terrifiés à l’idée d’être arrêtés ou jetés hors du pays, de nombreux ressortissants afghans ont décidé de partir d’eux-mêmes ces dernières semaines. « De deux à trois bus partent chaque jour, au lieu d’un par semaine auparavant », soupire Haji Najam-o-din, l’un des directeurs d’une compagnie de transport locale.De nombreuses arrestationsDans les ruelles de ce quartier de Sohrab Goth, où vivent 2 500 familles afghanes dans des conditions précaires, l’ambiance est tendue. Assis autour d’un thé vert brûlant et de bonbons au caramel dans les sombres locaux d’un lycée, Shahbuddin, Wakeel Ahmed et Syed Mustafa affichent des mines préoccupées : la veille, des dizaines d’hommes ont été conduits au poste de police. Nés en Afghanistan, ces trois hommes vivent au Pakistan depuis plusieurs décennies, comme l’attestent leurs Afghan Citizen Card (ACC). Cette carte de séjour pour les Afghans, émises par l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), les distingue du flot des réfugiés enregistrés par le Haut-Commissariat pour les réfugiés de l’ONU, dont le nombre a augmenté considérablement depuis la prise du pouvoir par les talibans à Kaboul, en août 2021. Ni les uns ni les autres ne sont concernés par l’avis d’expulsion émis par les autorités. En théorie…« J’ai un commerce et je paie des impôts »« Je suis ici légalement, j’ai un commerce et je paie des impôts, mais depuis quelques semaines, il n’y a plus aucune différence. Tout le monde est arrêté, avec ou sans carte ! », s’étrangle Shahbuddin. Installé dans le pays depuis plus de trente ans, cet Afghan tient une échoppe d’épices masala, abondamment utilisées dans les cuisines indienne et pakistanaise. Il emploie une dizaine de personnes, dont des Pakistanais. La pétillante avocate Moniza Kakar, qui défend la communauté afghane bénévolement, précise : « Mon travail consiste à démontrer à l’administration que leurs cartes sont bien valides. Mais dorénavant, nous devons faire une demande de vérification auprès de l’administration, ce qui prend deux semaines. Et pendant ce temps-là, mes clients qui ont été arrêtés doivent rester en prison. »Shahbuddin, lui, refuse catégoriquement de partir. Il ne dispose d’aucune ressource, d’aucune relation en Afghanistan. « Nous avons peur de devenir des réfugiés dans notre propre pays », murmure-t-il.—–Le Pakistan, terre d’asile pour les AfghansSelon le Haut-Commissariat pour les réfugiés (HCR), 3,7 millions d’Afghans sont installés au Pakistan. 1,33 million y sont enregistrés en tant que réfugiés par le HCR.Depuis la prise du pouvoir par les talibans le 15 août 2021, 600 000 personnes se seraient réfugiées au Pakistan, selon l’ONU.Les Afghans installés au Pakistan peuvent demander une carte de résident, une « ACC » (Afghan Citizen Card), émise par l’Organisation internationale pour les migrations (OIM). Les réfugiés doivent pour leur part obtenir auprès du HCR un document intitulé « Proof of Registration » (PoR), qui leur confère le statut de réfugié.



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