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En Indonésie, un criminel de guerre aux portes du pouvoir

by News7
En Indonésie, un criminel de guerre aux portes du pouvoir



Quelque 48,6 % des votants indonésiens s’apprêteraient à élire Prabowo Subianto comme président le 14 février. C’est la nouvelle estimation publiée ce 20 janvier par Indikator Politik Indonesia. Actuel ministre de la défense et ancien beau-fils du dictateur Suharto, « Prabowo » semble en passe d’être élu dès le premier tour. L’aboutissement d’un projet d’un quart de siècle pour celui qui, en 1998, avait déjà tenté de prendre le pouvoir par un coup d’État.Une victoire de Prabowo marquerait un coup d’arrêt pour la troisième plus grande démocratie du monde. En 2014 et 2019, l’ancien général avait échoué à se faire élire face au président Joko Widodo, dit « Jokowi ». À chaque fois, il avait contesté le résultat des élections. Les émeutes suivant sa dernière défaite avaient causé la mort de 8 personnes.Ennemi des droits humainsPrabowo symbolise la violence de « l’ordre nouveau », nom donné aux trente et un ans de règne de l’ancien dictateur Suharto. Pendant cette période, qui s’étale de 1967 à 1998, il a personnellement supervisé les massacres et tortures de centaines de civils au Timor-Oriental et en Papouasie-Occidentale.Le bilan de Prabowo s’aggrave à la fin de la dictature de Suharto. Il est accusé d’avoir fait enlever plusieurs manifestants « pro démocratie » en 1998. Plus d’une douzaine d’entre eux est toujours portée disparue. Démis de ses fonctions par l’armée indonésienne dans la foulée, il est par la suite interdit d’entrée aux États-Unis et entame un court exil. Mais 25 ans plus tard, il n’a jamais été vraiment inquiété.La réhabilitation de Prabowo démarre en 2019. Après les élections, il est nommé ministre de la défense par le président Jokowi. Ce rapprochement avec son ennemi de toujours – qu’il insultait pendant la campagne de « Chinois chrétien » – illustre la « tradition politique indonésienne de consensus et de compromis », selon Rémy Madinier, directeur de recherche au CNRS.« Prabowo instrumentalise volontiers l’islam radical », analyse-t-il. Or, après sa victoire, « Jokowi avait besoin de calmer les islamistes très conservateurs, notamment le Front des défenseurs de l’islam qui soutenait Prabowo », explique le spécialiste de l’Indonésie.Le jour de sa nomination, Amnesty International avait décrété « un jour sombre pour les droits de l’homme dans le pays ». Depuis, Prabowo a pu se rendre de nouveau aux États-Unis. Un symbole du problème de mémoire de l’Indonésie et de la communauté internationale.Démocratie de l’oubli« Il n’y a jamais eu d’enquête, explique Rémy Madinier. Dans la politique indonésienne, l’obsession de l’harmonie passe par l’impossibilité de la vérité. » Le passé criminel de Pradowo est donc majoritairement occulté, notamment pour les jeunes générations. Les moins de trente ans, qui n’ont pas connu la dictature de Suharto, ne l’ont pas plus étudiée à l’école. Et selon les sondages, ils prévoient de voter en masse pour Pradowo, plus inquiétés par le chômage et l’intégration du pays dans le commerce mondial que par d’anciennes affaires de violence.D’autant que le candidat populiste et ultranationaliste mène une campagne à succès sur les réseaux sociaux. Il y affiche une image de « grand-père mignon » – comme le décrivent les médias et ses supporteurs – en se trémoussant lors des différents rassemblements. Ses danses reprises par des courtes vidéos contribuent à sa popularité chez les jeunes générations. En Indonésie, 60 % des électeurs ont moins de 40 ans.Collusion du pouvoirPour Prabowo, la quasi-assurance de remporter la présidentielle vient aussi de son colistier, Gibran Rakabuming, fils aîné du très populaire président Jokowi. « Une grande surprise » pour Rémy Madinier, qui y décèle néanmoins le caractère inachevé de la démocratisation du pays. « L’Indonésie est une démocratie du point de vue du fonctionnement électoral et de la liberté de la presse, mais elle a conservé ce fonctionnement oligarchique qui voit la vie politique confisquée par quelques familles », constate-t-il. Petit-fils du fondateur de la plus grande banque du pays et fils d’un ancien ministre, Probowo est lui-même issu d’une famille riche et puissante.Pour l’instant, Jokowi représentait l’exception à cette règle. Le président sortant incarnait un renouveau démocratique et représentait des valeurs d’ascension et de mérite. Mais en positionnant son fils comme futur vice-président de Pradowo, il cède, lui aussi, à la tentation dynastique.Cette nomination a provoqué quelques remous. Gibran, 36 ans, était trop jeune pour être colistier. Mais son oncle Anwar Usman, beau-frère du président et juge en chef de la Cour constitutionnelle, a autorisé une exception lui permettant de se présenter. Une première entorse démocratique qui risque de devenir la norme si le Prabowo parvient au pouvoir en février.



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