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Au Pakistan, la résistance acharnée des avocats pour une démocratie en péril

by News7



La porte ne cesse de s’ouvrir, laissant apparaître d’éminents avocats dans le bureau bondé de la Haute Cour de Lahore, la capitale du Pendjab (est du Pakistan). Les visages sont graves. « La situation politique est instable et alarmante. Les droits des gens peuvent être suspendus à tout instant, explique l’avocate Sabahat Rizvi, l’unique femme au milieu des costumes noir et blanc. Nous représentons la seule profession en mesure de combattre les injustices et l’intrusion des pouvoirs militaires dans les affaires civiles du Pakistan. »Cette avocate énergique de 43 ans est la première femme élue secrétaire générale de l’association du barreau de Lahore depuis sa fondation en 1 893. Des bibliothèques feutrées aux salles d’audience majestueuses, la Haute Cour abrite une tradition démocratique, portée par des avocats affiliés à des partis politiques. Dans les cafétérias animées, dans la salle récréative où se jouent des parties d’échecs et de billard, ou encore dans les jardins, les stratégies se discutent, dans une mobilisation unique au Pakistan.« Nous sommes les gardiens de la Constitution et tel est notre combat », commente le président Chaudhry Ishtiaq Khan. Ils sont 26 000 avocats rattachés à la Haute Cour de Lahore. Ces bâtiments historiques ont été les témoins des défaites et des victoires de la justice du Pakistan, né en 1947 de la partition des Indes. De putschs militaires en interférences de l’establishment, terme désignant l’armée et ses services de renseignements (ISI), les expériences démocratiques ont toujours tourné court.Sabotage politiqueAujourd’hui, le politicien le plus populaire du pays, Imran Khan, est derrière les barreaux. Issu de la bourgeoisie de Lahore, star de cricket dans les années 1980, l’ancien premier ministre a été renversé en avril 2022 par une motion de censure. Incarcéré en août 2023, il a été inculpé pour « divulgation de documents classifiés ». Son clan dénonce un sabotage politique.Dans l’immédiat, le Pakistan est aux mains d’un gouvernement intérimaire qui a dépassé la durée théorique de son mandat de quatre-vingt-dix jours. « Nous traversons une période de vide constitutionnel, en violation des lois », dénonce Hamid Khan, avocat et ami d’Imran Khan. La Commission électorale a annoncé, jeudi 2 novembre, avoir choisi la date du 8 février 2024 pour la tenue du scrutin.La crainte est que le déroulement des élections ne soit pas équitable. « Les partis sont sous l’emprise de l’establishment, lâche le grand avocat Abid Saqi. Tant que l’armée ne reculera pas, il n’y aura pas d’espace politique réel. » L’analyste politique Imtiaz Alam, qui a cumulé huit années de prison sous les régimes militaires, dénonce un « État-garnison ». « L’armée s’immisce dans la politique et les affaires. Les partis ne peuvent s’épanouir sans sa bénédiction, et les leaders sont sanctionnés dès qu’ils ne coopèrent pas, notamment par le biais d’inculpations. »Défiance envers l’arméeImran Khan en paie le prix fort. Avec son parti Mouvement du Pakistan pour la justice (PTI), il a été porté au pouvoir en 2018 grâce au soutien des généraux. « Il représentait une alternative face aux vieux partis dynastiques du clan Sharif et du clan Bhutto, décrypte Imtiaz Alam. L’armée a monté une campagne médiatique pour discréditer ses adversaires et l’a propulsé à la tête du pays. » Mais ce politicien populiste, qualifié de « Donald Trump pakistanais », a rué dans les brancards. Sa défiance envers l’armée a culminé lors de son arrestation, le 9 mai, quand ses sympathisants ont pris d’assaut les sacro-saints quartiers généraux de l’armée (GHQ), à Rawalpindi. Du jamais-vu au Pakistan. « Imran Khan a franchi une ligne rouge, commente Kamran Shahid, journaliste vedette de la chaîne Dunya News. Il s’est cru tout-puissant. Mais sa popularité ne suffira pas à faire la révolution. » Néanmoins, elle a décuplé, en particulier auprès des jeunes.La répression a été immédiate. Des centaines de ses partisans du PTI ont été ciblés. « C’est comme si nous vivions sous la loi martiale. Plus de 50 de nos confrères (affiliés au PTI ou ouvertement critiques) ont été arrêtés, alerte l’avocate Sabahat Rizvi. Notre fraternité se bat pour les défendre. À la clé se jouent nos libertés. » Une victoire vient d’être remportée avec la décision de la Cour suprême d’interdire les procès militaires dans cette affaire et de renvoyer les dossiers vers des tribunaux civils.Au bord du gouffre économiqueDans le chaos ambiant est entré en scène Nawaz Sharif, ancien premier ministre destitué en 2017. Embourbé dans des affaires de corruption, il s’était exilé en Angleterre depuis quatre ans. Arrivé le 21 octobre à Lahore, il retrouve son fief du Pendjab, qui représente la majorité des sièges au Parlement et qui l’a déjà porté trois fois à la tête du gouvernement. « S’il est rentré, c’est qu’il va y avoir des élections, avance Amjad Abbas Khan Magsi, du Centre d’études sur le Pakistan de l’université du Pendjab. Certes, son parti et son frère Shehbaz Sharif, qui a pris les rênes du pays durant seize mois à la chute d’Imran Khan, sont impopulaires. Mais l’expérience de Nawaz pourrait aider à gérer un pays en crise. »Car le Pakistan, rongé par sa dette extérieure et par l’inflation, est au bord du gouffre économique. Si les beaux quartiers de Lahore resplendissent de boutiques de luxe et de restaurants huppés, ce sont les gens ordinaires qui sont frappés de plein fouet par la crise. Et la détérioration des relations avec l’Afghanistan ainsi que l’éternelle animosité avec l’Inde inquiètent.« Nous voulons notre premier ministre Imran Khan, emprisonné pour avoir été honnête ! », lance l’avocate Shazia Abdullah Khan. Aucune de ses consœurs n’évoque la vision ultraconservatrice d’Imran Khan. Elles ne voient en lui qu’« un héros de la démocratie ». « Nous en avons assez du contrôle de l’armée et de la corruption des politiciens qui ont rendu les gens misérables », disent-elles.Imran Khan le sait. Mercredi 1er novembre, il a lancé un appel à la mobilisation depuis la prison d’Adiala, demandant aux avocats de « lutter pour la justice » afin d’« établir la suprématie constitutionnelle » face « au droit de la force ».—————–Imran Khan passible de quatorze ans de prisonL’ancien premier ministre pakistanais Imran Khan, incarcéré depuis août, encourt une longue peine de prison après avoir été inculpé le 23 octobre de divulgation de documents classifiés.L’affaire concerne un câble diplomatique de l’ambassadeur du Pakistan aux États-Unis, qu’Imran Khan a présenté comme la preuve d’un complot américain contre lui soutenu par les militaires pakistanais. Les États-Unis et l’armée pakistanaise ont démenti cette affirmation.Selon les avocats d’Imran Khan, cette accusation est passible de quatorze ans de prison, voire, dans les circonstances les plus extrêmes, de la peine de mort.



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