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Au Pakistan, le trouble marché parallèle de l’eau

by News7
Au Pakistan, le trouble marché parallèle de l’eau



Les hommes et les enfants agglutinés autour du point d’eau de Baldia Town, un faubourg populaire de Karachi, se disputent l’accès aux trois petits robinets. Ils tentent de remplir leurs bidons en plastique bleu alignés le long d’un mur, sur lequel est peint une règle vaine : pas plus de 10 litres par personne. La désagréable odeur d’égouts qui flotte dans l’air ne semble pas déranger Hassan, barbe blanche et sindhi topi sur la tête, le couvre-chef du Sindh (province de Karachi), qui, du haut de ses 60 ans, décharge ses réservoirs de sa remorque.« Je viens dix fois par jour avec une vingtaine de conteneurs que j’apporte ensuite aux habitants de mon quartier. Je fais payer le transport : 10 roupies (0,03 centime d’euros) par gallon (4,5 litres). La situation se détériore car la population augmente et l’offre en eau ne cesse de diminuer », dit-il. Hassan achemine cette eau potable de mauvaise qualité, mais gratuite, dans une autre artère de Baldia Town où vivent 300 000 personnes, dépourvue d’un accès direct à l’eau.Grave pénurie d’eau, en particulier l’étéKarachi, mégalopole tentaculaire de plus de 20 millions d’habitants (certaines estimations vont jusqu’à 30 millions), est confrontée à une grave pénurie d’eau, qui devient dramatique l’été, quand les températures avoisinent les 45 degrés. « Les besoins quotidiens s’élèvent à 1 200 millions de gallons. L’eau provient de deux sources principales, qui s’épuisent : le réservoir du lac Keenjhar alimenté par le fleuve Indus, et le barrage de Hub, qui dépend des précipitations. Nous sommes confrontés à un manque d’environ 550 millions de gallons par jour, amplifié par la vétusté des installations et des conduites », détaille Salahuddin Syed Ahmed, le directeur de la société publique Karachi Water and Sewerage Corporation (KWSC).Sept bouches d’incendie supplémentaires fournissent 20 millions de gallons d’eau par jour, une quantité bien inférieure aux besoins de la population, distribuée par 5 000 camions-citernes dans toute la ville. « La demande n’est pas satisfaite, reprend Salahuddin Syed Ahmed. Nous procédons à un rationnement et nous avons construit des infrastructures pour que l’approvisionnement en eau soit progressif d’un district sur l’autre. » Mais ces initiatives demeurent insuffisantes. La population est contrainte de se tourner vers des groupes criminels qui siphonnent illégalement l’eau du réseau principal et l’utilisent pour leur propre flotte de camions-citernes. Ils contribuent ainsi à aggraver le problème d’approvisionnement, tout en se rendant indispensables à la population.Personnalités politiques et groupes mafieux impliquésBaldia Town est l’une des zones les plus affectées par ce manque d’eau. « La situation est terrible. Nous payons 72 heures d’approvisionnement par semaine, mais nous n’en recevons que 18 heures. Les officiels disent qu’il n’y a pas assez d’eau, mais c’est parce qu’ils la vendent à la mafia de l’eau. Ils gagnent beaucoup plus d’argent comme ça » s’emporte Hamid Ameer Ali, président du conseil syndical local.L’implication de personnalités politiques et de la police dans ces groupes mafieux est un secret de Polichinelle, confirmé par Abbas Gabool, vendeur d’eau : « En 2008, seul mon logement dans le quartier était connecté à une canalisation. J’ai commencé à vendre de l’eau à mes voisins, jusqu’à ce que la police et la société KWSC me demandent d’arrêter ou de leur payer une commission. J’ai négocié pour avoir une plus grosse canalisation, et aujourd’hui je leur verse la moitié de mes revenus… »Abbas Gabool vend 24 000 litres d’eau par nuit pour 2 roupies le litre, soit au total l’équivalent de 160 € (le salaire minimum est de 110 € par mois). « Il y a de plus gros poissons que moi. C’est la responsabilité de KWSC de fournir de l’eau à la population. S’ils ne le font pas, à nous d’exploiter cette brèche », conclut-il, ayant quand même dissimulé sa canalisation avec des pierres.——-L’eau potable, une denrée rareAvant les inondations d’août 2022, le système d’approvisionnement en eau du Pakistan couvrait 92 % de la population, mais seulement 36 % de l’eau accessible était considérée comme propre à la consommation.Les inondations ont endommagé la plupart des systèmes d’approvisionnement en eau dans les zones sinistrées, contraignant plus de 5,4 millions de personnes, dont 2,5 millions d’enfants, à recourir essentiellement à de l’eau contaminée provenant d’étangs et de puits.L’absence prolongée d’eau potable et de toilettes ainsi que la proximité des familles vulnérables avec des étendues d’eau stagnante contribuent à l’apparition généralisée de maladies d’origine hydrique telles que le choléra, la diarrhée, la dengue et le paludisme.



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